vendredi 18 octobre 2013

ENTRETIEN Abdelmadjid Tebboune, ministre de l'Habitat : « Nous allons investir 60 milliards de dollars sur cinq ans »

dimanche, 13 octobre 2013 18:29

ENTRETIEN::Abdelmadjid Tebboune, ministre de l'Habitat : « Nous allons investir 60 milliards de dollars sur cinq ans »ENTRETIEN Abdelmadjid Tebboune, ministre de l'Habitat : « Nous allons investir 60 milliards de dollars sur cinq ans »

Propos recueillis par Hamid Guemache
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Le programme quinquennal 2010-2014 prévoit la réalisation de 2,6 millions de logements. Combien de logements avez-vous réussi à mettre en chantier ?
Sur les 2,6 millions de logements programmés, 900 000 sont des logements ruraux dont 80% sont en chantier. Nous avons donné la première aide. Sur un million de logements sociaux locatifs prévus, nous avons réceptionné 560 000 logements. Les autres sont en chantier. Il y a 350 000 logements promotionnels aidés (LSP et LPA). Les promoteurs ont été choisis, les listes des bénéficiaires fixées. Pour ce type de logement, 78% sont en chantier, les autres ont été réceptionnés. Pour le LPP (logement promotionnel public), on a prévu 150 000 logements et le programme reste ouvert, selon la demande. Pour la formule AADL, il y a 230 000 logements à réaliser, et la demande se situe entre 350 000 et 400 000 unités.

Notre objectif est de mettre en chantier tout le programme quinquennal et d’achever au moins 70% des logements avant fin 2014. Nous allons investir 60 milliards de dollars dans la réalisation de logements sur cinq ans.


Quelle est la formule la plus populaire ?

Il y a un rush des Algériens sur la formule location-vente (AADL) qui est destinée aux revenus compris entre 24 000 dinars et six fois le SNMG, soit 108 000 DA. Cela signifie que les Algériens acceptent de payer leur logement. Cette formule d’avenir a des répercussions économiques réelles. On constate la diminution des achats de voitures et la hausse de l’épargne des ménages qui n’a jamais été aussi élevée !


Quelle est la demande réelle sur le logement ?

Il y a 1,6 million de demandes de logements recevables, selon le dernier recensement. Nous avons traité toutes les demandes, commune par commune. Nous avons saisi toutes les demandes pour les assainir. Nous avons éliminé 130 000 dossiers. Cela a duré cinq mois. Une fois le programme quinquennal 2010-2014 achevé, il ne restera plus qu’un million de logements pour résoudre définitivement la crise du logement.

Sur le million de logements à réaliser durant le prochain quinquennat, 720 000 sont des logements sociaux. Ce chiffre doit encore être affiné, selon l’évolution des revenus. Aux 72 0000 logements sociaux, il faut ajouter entre 350 000 et 400 000 logements location-vente. En fait, le gouvernement a décidé de régler le problème du logement et de loger les Algériens dans des logements décents avec de l’eau, de l’électricité, du gaz. Il ne faut pas qu’il y ait deux Algérie, celle des bidonvilles et celle des logements modernes.


Avez-vous mis en place le fichier national du logement ?

Ce fichier existe et il est fonctionnel depuis quatre mois et utilisé par de nombreux ministères. Il est actualisé en fonction de la distribution des logements et de l’octroi des aides de l’État pour la réalisation de tout type de logement. Ceux qui ont bénéficié d’un logement, ou d’une quelconque aide de l’État y sont inscrits. Depuis la mise en place de ce fichier, il y a moins de contestations des listes de bénéficiaires de logements. Ce fichier permet justement à l’État de contrôler les aides au logement et d’assurer la justice sociale.

J’ai demandé aux walis de consulter ce fichier avant l’éradication des bidonvilles, où nous avons constaté que 10 à 20 % des habitants ont déjà bénéficié d’un logement de la part de l’État. Celui qui a bénéficié d’un logement n’aura pas le droit à un autre. A moins qu’il ait des complicités avec l’administration. Tout le monde a droit à une aide au logement, mais une seule fois !


L’Algérie a construit des cités-dortoirs dépourvues des équipements, de parkings et d’espaces verts. Pourquoi ?

Au début des années 2000, dans l’urgence de faire face à la crise, la priorité était de donner aux gens un toit. Maintenant, la crise du logement est moins grave. Il ne s’agit plus de construire pour recaser, mais pour reconstruire le pays, selon les normes internationales. Les cités-dortoirs sont désormais interdites au profit des cités intégrées dotées de tous les équipements nécessaires : poste, dispensaire, écoles, espaces verts, parkings, téléphone, restaurants, crèches, mosquée, etc. Des cités où l’on vit. Nous avons l’ambition de rattraper les cités construites lorsque l’assiette foncière le permet. Des cités comme celle d’Ali Mendjeli à Constantine, où l’on construit pour 250 000 habitants. Mais sur le plan de l’urbanisme, c’est une catastrophe.


Les Algériens sont obligés de refaire leurs appartements dès leur réception…

Effectivement. Le Premier ministre en a fait la remarque. J’en ai parlé aussi. Nous allons aller vers la qualité, obliger les promoteurs à prévoir des places de parkings, à utiliser des matériaux produits localement et interdire l’utilisation de la quincaillerie d’importation lorsque sa substitution par la production locale est possible. Aujourd’hui, le bâtiment algérien est intégré à 75%. La construction de logements doit profiter à la production nationale. Mais il n’est pas facile d’allier la qualité et l’urgence de la résorption de la crise du logement.


Allez-vous revoir les conditions de délivrance du permis de construire ?

Nous avons repris la loi sur l’urbanisme. Les promoteurs immobiliers doivent respecter les règles pour avoir l’agrément. Il faut améliorer la qualité. Aujourd’hui, le problème est de trouver des entreprises nationales capables de le faire. Nous utilisons encore des procédés de construction archaïques et des matériaux datant de la Deuxième Guerre mondiale comme le parpaing. L’entrepreneur de bâtiment doit disposer de moyens modernes de réalisation, investir dans la fabrication du béton, adopter les nouvelles techniques de réalisation qui nous fassent gagner du temps et qui raccourcissent les délais de réalisation.

Sur les 5 000 entreprises de BTP recensées, il y a une centaine dont la qualification varie entre 7 et 9, 400 ont des qualifications de 6 à7 et le reste, donc la grande majorité, sont des tâcherons aux moyens de réalisation rudimentaires. D’ailleurs, les jeunes fuient le bâtiment. Ils ne veulent pas y travailler parce que c’est un métier pénible, alors que nous pouvons offrir un million d’emplois. Il faut absolument moderniser les moyens de réalisation, en mécanisant et industrialisant pour rendre le bâtiment moins pénible physiquement.


Pourtant, les entreprises algériennes veulent leur part dans la réalisation de logements…

En 2012, nous avons eu 1 700 appels d’offres infructueux dans le bâtiment. Des zones entières comme les Hauts-Plateaux et le Sud sont désertées par les entreprises qui sont concentrées dans les grandes villes du Nord. Plus de 50% des entreprises algériennes n’ont pas de moyens de construire des logements en hauteur. Elles ne disposent pas de coffrages métalliques, de centrales à béton, etc. Maintenant, le bâtiment est usiné. Celui qui veut des projets doit moderniser ses moyens de réalisation.

Je constate amèrement que l’Algérie a régressé en termes de rapidité et de qualité de construction de logements. Dans les années 1980, nous avions des entreprises qui faisaient de la préfabrication lourde comme l’ex-DNC, Ecotec, etc.


Les entreprises de bâtiment se plaignent du fait que l’administration choisisse toujours le moins-disant pour attribuer les projets…

Nous allons aller vers le mieux-disant car ce n’est pas uniquement l’offre financière qui doit compter dans le choix de l’entreprise de réalisation ! L’administration doit évaluer le projet pour éviter de l’attribuer aux entreprises qui sous-évaluent les marchés pour les avoir ou demander la révision des coûts. Un fichier des entreprises défaillantes vient d’être mis en place pour justement lutter contre les sociétés qui ne respectent pas leurs engagements en termes de délais et de coûts de réalisation. Ces entreprises seront blacklistées et seront exclues des contrats publics. Nous allons créer un fichier national des entreprises sérieuses pour permettre aux comités des marchés d’avoir des références pour l’attribution des contrats. Nous sommes en train de revoir la notation en prenant en compte le sérieux et le matériel dont dispose l’entreprise.

Vous avez lancé une consultation pour former une short-list d’entreprises pour la réalisation des cités intégrées. Vous avez sollicité les pays européens et asiatiques pour réaliser ce programme. Ont-ils répondu favorablement ?

On a sélectionné une trentaine d’entreprises capables de réaliser ces cités avec toutes les commodités et les services. On a déjà lancé des chantiers à Ouled Fayet (Alger) et bientôt à Sidi Abdellah (Alger). Ces projets demandent des assiettes foncières importantes.


Vous avez sollicité les pays européens et asiatiques pour réaliser ce programme. Ont-ils répondu présent ?

Toutes les entreprises étrangères ont répondu à l’appel dont quatre groupes français. Pour le moment, l’Italie, le Portugal, l’Espagne, la Turquie, la Chine sont présents. La France pas encore ! Les entreprises françaises proposent des prix trop élevés alors que les groupes portugais, italiens, espagnols s’adaptent à notre marché. Je ne comprends pas l’attitude des groupes français. Leurs prix ne sont pas justifiés. Il y a des taxes en France qui n’existent pas en Algérie. Les coûts de la main d’œuvre, de l’énergie et des matériaux sont inférieurs de 90% par rapport à la France. Nous ne demandons pas la charité et nous n’acceptons pas la spéculation.

Les entreprises qui viennent travailler en Algérie ont la garantie d’être payées, de transférer leurs bénéfices et de gagner de l’argent. Par exemple, les Chinois réalisent des logements à 36 000 dinars le mètre carré, et notre partenariat est excellent. Ils nous ont offert gratuitement un opéra à Alger et la réalisation de 200 logements. Nous souhaitons attirer les PME françaises.


Qu’avez-vous prévu pour la gestion de ces cités sachant que celles de l’AADL sont mal entretenues ?

Il y a un déficit en matière de gestion des espaces communs dans les cités. On essaie de concevoir un système de gestion avec la mise en place du syndic, du gardiennage, etc. Pour l’AADL, j’ai donné un délai de deux mois à sa filiale spécialisée dans la gestion des cités pour redresser la situation. Le 10 novembre, nous allons faire des inspections. S’il n’y a pas d’amélioration, nous allons dissoudre cette société.

Aucun citoyen n’a refusé de payer les charges, mais les cités ne sont pas bien entretenues. On est arrivé à plus de 900 ascenseurs en panne sur les 1 500 existant dans les cités AADL. Le fait de ne pas entretenir les ascenseurs dans les bâtiments de 12 étages et plus est presque criminel. Nous pouvons faire appel au privé et nous avons saisi l’Ansej pour nous fournir la liste des entreprises capables de gérer des cités. Dans chaque cité, au moins 10 emplois peuvent être crées, pour assurer l’entretien.


Que comptez-vous faire des immeubles datant de l’époque coloniale et qui tombent en ruine dans les centres-villes comme à Alger ?

Nous avions 1,78 million de logements à l’indépendance. Aujourd’hui le parc du logement compte plus de huit millions d’unités. Nous avons entrepris des opérations de réhabilitation du bâti ancien, mais les bâtiments sont vétustes. Des balcons tombent parfois. L’idéal est de restructurer les grandes villes. En 2001, j’avais mis en place une entreprise pour raser et reconstruire le centre d’Alger. La capitale occupe trois fois plus d’espace par rapport à la population qu’elle abrite. Elle est trop étalée. La reconstruction, inévitable, permettra de créer des espaces, des parkings pour le stationnement, agrandir les rues et les boulevards...


Allez-vous relancer ce projet ?

Actuellement, la priorité est donnée à la réalisation du programme actuel de logements. La restructuration des grandes villes peut être prise en charge dans le prochain plan quinquennal.


Vous avez annoncé la réalisation de plusieurs CHU...

Ce sont des CHU qui vont assurer des soins haut de gamme, de la recherche scientifique et l’enseignement. Mon département est chargé d’élaborer le cahier des charges. Un groupement de bureaux d’études y travaille depuis deux mois et le document doit être prêt avant la fin de l’année. Nous avons lancé une consultation pour établir une short-liste de groupements d’entreprises pour l’étude, la réalisation et la gestion pendant cinq ans de ces CHU. Nous allons lancer la réalisation de cinq CHU début 2014 à Alger, Tizi Ouzou, Tlemcen, Constantine et Ouargla. D’autres CHU seront lancés en 2014. Nous avons saisi la plupart des pays européens pour que leurs entreprises soumissionnent. Le Président et le Premier ministre tiennent à la construction de ces hôpitaux. Cela évitera les soins à l’étranger, souvent coûteux et pas à la portée de tous.


Avez-vous donné des permis de construire au projet Dounia Parc ?

Non. Aucun permis de construire n’a été délivré. On n’a jamais été saisi.

dimanche, 13 octobre 2013 18:29

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